Lacitehub
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La Citéhub ambitionne d’être un espace de réflexions et d’expressions pour une nouvelle approche de la promotion territoriale basée sur la multiculturalité et l’expérientiel. Il s’agit de trouver ce qui fait l’essence de chaque ville à travers la médiation sociale, culturelle, artistique et touristique.

« TAKE ME (I’m Yours) », l’exposition d’une expérience de médiation artistique

Gilbert & George

 

Tout doit disparaître! Telle est le mot d’ordre affiché par la communication de Christian Boltanski, Hans Ulrich Obrist et Chiara Parisi, commissaires de l’exposition « TAKE ME (I’m Yours) » à la Monnaie de Paris.

Tout doit disparaître et c’est gratuit,un comble pour un lieu dédié à l’argent! L’objectif affiché: « questionner la valeur d’échange de l’art, chère à la monnaie de Paris ». C’est une belle idée de départ mais qui à l’arrivée donne l’impression d’un vide-grenier creusant l’écart entre le concept et sa réalisation.

 

L’art interactif, l’art où le visiteur peut toucher, emporter des oeuvres ou leur composantes (non signées par ailleurs) d’artistes reconnus. Une nouvelle façon d’appréhender l’art pour le commun des mortels en le décloisonnant, en le fragmentant et en abolissant les frontières de l’espace public/privé. Yoko Ono avec son arbre à souhaits, Gilbert & George et leur « Decriminalize Sex », Boltanski avec sa pile de vêtements et bien d’autres encore jalonnent les salons XVIIIè siècle de la Monnaie de Paris. Certains visiteurs (la majorité?) ont l’air de se laisser prendre au jeu. Ils investissent le parcours et n’hésitent pas à remplir leur sac en papier de tout ce qu’ils peuvent emporter de la pile de bonbons à la menthe ou des Tours Eiffel miniatures. Un musée qui se transforme « en un lieu d’échange libre et inventif, destiné à bouleverser les rapports traditionnels entre l’art et son public ». Oui mais… Au final le rendu est décevant.

La légitimité des oeuvres exposées de part leur réalisation, leur matière et leur agencement laisse perplexe. L’art contemporain n’a certes pas comme finalité d’être esthétique ou légitime mais en mon sens le travail des artistes présentés aurait du mieux donner corps au propos de façon à pousser l’expérience de médiation jusqu’au bout. On sent bien la genèse du projet et l’enthousiasme qu’il a dû susciter par la combinaison du lieu, du sujet et du regard artistique mais lorsque la dynamique créative n’est pas optimale cette « tri-composante » en fait aussi sa limite.

Le décalage entre le prix d’entrée élevé, les problématiques soulevées concernant l’accessibilité à l’art et la matière première des oeuvres laisse suspicieux. On a le sentiment d’une opération marketing réussie, d’une communication réussie (la vidéo de lancement est drôle et efficace), d’une programmation réussie mais d’un « jusqu’au boutisme » raté! Malheureusement cette démarche donne un résultat qui sonne creux et dénature l’expérience d’interprétation de cette exposition.

Pourtant le concept ne s’essouffle pas. Il n’en est pas à sa première édition et il va continuer à s’exporter. Le public suit à chaque fois. Au delà de toutes ces questions savantes sur le mythe de l’unicité de l’œuvre d’art et de ses modes de production, la médiation artistique comme élément de sociabilisation fonctionne plus que jamais. Il est toujours très intéressant de voir le pouvoir d’attractivité d’une belle idée. Ce mode d’exposition est caractéristique des nouvelles formes d’aspirations participatives des publics. Avec le développement des réseaux sociaux, le visiteur a besoin de faire corps avec l’exposition, avant, pendant et après celle ci. Au-delà des circuits économiques habituels, Take Me (I’m Yours) propose un modèle basé sur l’échange et le partage et répond à un besoin.

Ceci est la preuve que par moment, à l’image de certaines destinations touristiques qui attirent plus pour les imaginaires qui y sont liés que pour le lieu en lui même, les expositions déplacent les foules pour leur contexte. Cela fonctionne encore mieux quand elle prolonge l’expérience de médiation au delà des salles en y rajoutant une visite virtuelle proposée par l’application Google associée mêlant passé de l’exposition à la Serpentine à Londres en 1995, présent à la Monnaie de Paris en 2015, futur avec les prochaines versions amenées à voyager. Le voyage, même virtuel reste vendeur!

Le nouveau visage de Paris

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Comment ne pas être solidaire de cette politique dissuasive du « tout voiture » menée par la ville de Paris? Personnellement j’apprécie toutes les velléités, toutes les dynamiques et toutes les décisions qui visent à ce que le citadin se réapproprie son territoire. Face à la dictature de l’urgence qui se développe sous toutes ses formes dans nos sociétés il est important et voire vital qu’on se réserve certains espaces où on apprend à reprendre plaisir à la balade, à la flânerie, à l’évasion et à l’activité physique.

La piétonisation des quais de Seine bas de la rive droite dès 2016 va dans le bon sens. Avec son marché de produits bio régionaux il va permettre de soutenir une partie de l’agriculture de l’Ile de France et éviter que la grande distribution soit l’unique interlocuteur dans ce périmètre. Il va contribuer à réenchanter les bords de seine avec sa guinguette à l’image des bords de marne et nous replonger dans un passé où la cadre champêtre participait à l’exotisme des week-ends franciliens. Pour ceux qui craignent que Paris reste encore une « belle endormie », les city stades ouverts 24h/24 et le projet de boite de nuit sous le tunnel des Tuileries seront là pour les rassurer.

Comment certains peuvent-ils ressortir des arguments relevant du « passéisme Le Corbusien » face à cette vision de développement territorial? Ils ne voient le salut que par une fluidité automobile qui serait un gage de modernité et de croissance économique. A l’image des climatosceptiques, les partisans de l’immobilisme dans la mobilité sont dans le déni complet et sous estiment les enjeux de santé publique. La cité doit-elle aller toujours plus vite, toujours plus haut pour se développer? Nous sommes face à un vrai carrefour de décisions politico, socio, touristico-culturelles qui amorcent la construction du Grand Paris notamment.

Par ailleurs pour reprendre les mots de la maire de Paris « Il ne faut pas oublier l’impact international de la fermeture des voies sur berges aux voitures en termes d’attractivité et de rayonnement de Paris. Si nous ne le faisions pas, nous serions une ville du passé. Au contraire, nous envoyons au monde un signal fort de modernité. D’ailleurs, les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie…applaudissent; ils savent bien l’effet immédiat qu’il y aura sur leur chiffre d’affaires ».

Didier Plaideur

De Bordeaux à Saint-Pierre

 

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La dynamique territoriale est du côté de Bordeaux ces dernières années. De nombreux magazines toutes tendances confondues ont fait un article sur la politique urbaine et écologique de la ville et son attractivité touristique et économique. Les chiffres parlent d’eux mêmes. En 2014, Bordeaux et sa métropole ont accueilli quelque 5,8 millions de visiteurs dont près de la moitié pour du tourisme d’affaires, un record! La grande majorité est attirée par la ville elle même.

Alors si nous devions laisser notre imagination voguer sur les flots de la Garonne, quelle serait la meilleure promesse de destination de cette cité du vin? Sur un fond musical d’une reprise d’Edith Piaf, le film de promotion de l’office du tourisme bordelais dépeint une vie en rose. Moi je la vois en rouge, comme le vin ou encore la couleur ocre de la Garonne ou du Pont de Pierre. Bordeaux, « la bourgeoise contemporaine » s’ouvre au monde, se livre se laisse apprivoiser. On ne compte plus le nombre de toits végétalisés, les fermes urbaines, les jardins partagés. Bordeaux se verdit.

A l’instar de beaucoup de nos villes et métropoles, les fleuves reprennent tous leurs droits. Les quais se transforment en lieu de promenade familiale, lieu d’exposition et lieu de sport. L’expérience d’une parenthèse « du large » accentuée par une position stratégique non loin de l’estuaire de la Gironde et la présence de véritables bâtiments des mers invite au voyage.

Il y a une vraie réflexion à mener sur les imaginaires en interaction en terme de promotion territoriale s’agissant des spécificités de la Garonne… Sa largeur, sa couleur, son histoire, sa richesse maritime qui a permis une richesse patrimoniale qui s’étend jusqu’à Saint-Pierre en Martinique avec sa réplique du théâtre de Bordeaux en miniature. Prolonger l’exotisme grâce à un dispositif d’immersion numérique faisant le lien entre les vestiges d’un passé révolu et les projets tournés vers l’avenir comme la future cité des civilisations du vin peut inspirer de belles campagnes de communication.

Didier Plaideur

Villes créatives, villes identiques

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J’ai eu cette réflexion en lisant la rubrique tendance de l’Obs n°2655. Un focus sur plusieurs quartiers de Joburg (Johannesburg), Brooklyn et Montréal qui avaient bien amorcé leur rénovation. Leur point commun? D’anciennes friches industrielles, usines ou bloc d’immeubles délabrés réinvestis par des jeunes businessmen pour attirer les classes créatives. Ces quartiers se transforment en nouvel eldorado pour les start up, les artistes et les amateurs de bars tendance et autres coffee bars.

Le risque c’est que les city break vont finir par tous se ressembler! La mondialisation galopante accompagne une évolution urbaine qui est la même dans toutes les grandes capitales de ce monde. Les communicants auront de plus en plus de mal à trouver une identité forte et donc une image singulière. Il faudra peut-être jouer la carte du patrimoine et de l’histoire au risque de faire perdurer les clichés. Voilà une belle problématique : dans la course à la « smarttouristicité » comment une ville peut-elle se singulariser?

 

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Smart tourisme, destination et sérendipité

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Une grande majorité de villes communique sur le label smartcity, chacune rivalisant d’application pour améliorer l’expérience du visiteur. A l’instar de Paris, les initiatives sont nombreuses pour booster l’investissement dans les projets innovants. Le Welcome Citylab en est une belle vitrine. L’Europe n’est pas en reste avec le programme CitySdk. Ces initiatives participent ainsi à l’attractivité économique, culturelle et touristique des territoires!

Sans douter du bien fondé de toutes ces offres numériques, la question de la singularité de la promesse d’une destination se pose ! Quel sens donner à la découverte lorsque tout découle d’un calcul ? A l’heure où Google a remis au goût du jour le terme sérendipité, l’attractivité touristique se mesure plus à l’open data qu’à un gage de dépaysement. Moi je milite pour une application qui aide à expérimenter la sérendipité touristique! Le hasard des rencontres et des découvertes, le travail de l’imagination participent aussi à la réussite du voyage.

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