Lacitehub
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La Citéhub ambitionne d’être un espace de réflexions et d’expressions pour une nouvelle approche de la promotion territoriale basée sur la multiculturalité et l’expérientiel. Il s’agit de trouver ce qui fait l’essence de chaque ville à travers la médiation sociale, culturelle, artistique et touristique.

La France d’Ailleurs…!

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D’abord intéressé par la démarche de l’artiste Yeondoo Jung de partir à la rencontre des habitants du Val-de-Marne, j’ai voulu en savoir plus sur le regard qu’il portait sur notre pays. Année de la France Corée oblige, inaugurer l’exercice de l’interview sur Lacitehub avec un artiste sud coréen prend tout son sens. Au delà de l’originalité de l’approche, des supports et du médium choisi par l’artiste pour mettre en perspective l’imaginaire de cet ailleurs et la réalité de cet « ici », sonder l’altérité représente un enjeu majeur de nos territoires. Publier  cet entretien aujourd’hui et après la fin de l’exposition au Mac Val est certes frustrant mais cela vaut le coup de revenir sur ce prisme artistique!

 

Pour mieux contextualiser la mosaïque de récits que Yeondoo met en scène dans un cadre à la fois sonore, visuel et photographique, il faut souligner la singularité de chaque histoire. Chaque rêve d’ailleurs est en effet singulier mais guidé à chaque fois par l’idée de liberté qui est associée à la France. L’idée d’explorer les imaginaires qu’on se fait d’un ailleurs, de les confronter et de mesurer le décalage face à la réalité est intéressante. Parfois Il ne s’agit peut-être pas que d’ici et d’ailleurs mais de soi même entre deux pays. Quelle est la part du récit individuel dans l’imagination qu’on se fait d’un pays d’accueil, quelle est la part de l’identité du pays d’accueil, du territoire dans l’image qu’elle dégage, dans le positionnement qu’il a voulu. Le rendu même de chaque oeuvre composé de strates superposées donne une dimension onirique comme pour souligner l’inaccessibilité d’un idéal absolu. Décryptage de l’artiste.

What is your opinion and analysis about living in France or Val-de-Marne? I mean which memories you keep after meeting all these inhabitants?

Yeondoo Jung: I was very surprised that a lot of people talk about liberty; something they might a little bit miss from their own country. May be they were educated that liberty is very important in France.

As an artist, what will you recommend for helping people live together despite cultural differences?

Yeondoo Jung: Looking at the history of immigration culture is very important. I studied history of boat people from Vietnam in 1974, before i came to France. I noticed that there are many vietnamese in Torcy. Indeed when they arrived they all get off at this station because they were received money from city hall to buy RER ticket. I was wandering what imagination they had in the boat about their future life? I asked the same question to the people in Vitry sur Seine….

The title « d’Ici et d’Ailleurs » is about asking questions from here about their hometown, future life in France, think about their past life in their own country. Something about yourself, located between two countries. For a korean  guy, just seeing so many people from so many different countries and completely involved their lives here is amazing and interesting! In Korea everyone is the same and people are not very tolerant with other country culture.

This remind me the history of a 27 years old student from north Korea.. He escaped form concentration camp, has been jailed in Mongolia to work in underground mines. And when i met him he doesn’t want anything special but living with his family. His expectation was very low and simple but some south korean discriminated him.

Another example to keep in mind you can be a doctor in Congo but security guard in France.

Have you worked on Incheon inhabitant? What do you think about the way the city is developing?

No i didn’t work about Incheon inhabitants but for me it’s like a kind of Playtime, the famous movie  of Jacques Tati.

Did you make the same artistic work in south Korea?

Overall i’m interesting in living people, i get the idea from other people and in Vitry there’s so many different people.

Why did you chose foreigners rather than native people?

A lot of artists already did work about native people in France. I guess the perspective is different when you’re outside of France!

 

Voilà, fin de l’interview qui a duré 25 minutes par Skype depuis Séoul. Je trouve cela plutôt génial ce rapprochement multiculturel; une croisée entre un insulaire guadeloupéen, un sud coréen et l’histoire de val-de-marnais issus de multiples territoires. L’expérience d’un ailleurs et l’altérité sont une source d’inspiration certes artistique mais aussi sociétale. La complexité de chaque identité culturelle et l’individualité compliquent le bien vivre ensemble mais peuvent enrichir de nouveaux paradigmes. Elles peuvent nourrir des politiques de communication publiques autour d’un socle commun des attentes de nos concitoyens issus de la France d’ailleurs.

La Guadeloupe à l’heure du tourisme interstitiel

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Au delà des plages, la culture guadeloupéenne mérite de s’affirmer comme un élément déclencheur d’attractivité. Lors de mon dernier « retour au pays » j’ai vécu deux expériences extraordinaires : la magie carnavalesque et le sentiment d’une élévation de l’histoire en visitant le Mémorial ACTe.

La richesse du carnaval guadeloupéen réside dans sa singularité musicale, artisanale et créative. Véritable clin d’oeil à certains pans de notre culture et histoire passée, présente et future, cette manifestation invite à se pencher sur les fondamentaux de la spécificité de la société guadeloupéenne. Les signes et les symboles rappelant les codes de domination du passé sont bien présents mais aussi le métissage des sons et de la rythmique donnent le « la » de l’ouverture vers l’extérieur. Cela est d’autant plus appréciable que cette expression culturelle est la partie visible d’un immense travail de cohésion sociale surtout auprès des jeunes qui s’investissent collectivement dans la préparation des costumes et des décors.

Un trait d’union entre l’expression du carnaval et l’histoire de l’esclavage qui trouve un aboutissement total au Mémorial ACTe, lieu de mémoire caractérisé par un parcours d’interprétation très immersif. Pourquoi donc parler de tourisme interstitiel? La réponse est d’abord personnelle. Créer de l’étrangeté et de la magie face à la vision de 2 gros paquebots éclairés à quai sur le port de Pointe-à-Pitre surplombant la parade au son des gros tambours est une expérience unique. L’odeur de l’encens, la fumée qui s’en dégage et les centaines de carnavaliers déambulant au pas vous transportent. Là où l’interstice prend tout son sens c’est quand la juxtaposition d’un symbole du tourisme de masse semble défier notre souhait de tourismes singuliers. Mais quelle image magnifique je me disais! J’ai eu vraiment la sensation d’un ailleurs qui ne relevait pas de la carte postale mais d’un authentique vécu qui n’est réalisable que sur mon île.

Voilà une Guadeloupe apaisée, riche de son histoire, riche de sa culture, riche de sa nouvelle empreinte architecturale muséale. Des mots qui prennent tout leur sens lorqu’on se laisse guider depuis la découverte de l’île par Christophe Colomb jusqu’à la réalité multiraciale de ce territoire qui apparaît comme une composante du bien vivre ensemble. Ce voyage dans l’histoire réhaussé de dispositifs interactifs et artistiques m’ont donné des leviers de lecture nouveaux sur la construction d’une identité commune. La Guadeloupe est une société métissée avec des strates sociétales diverses, destination de tourisme insterstitiel, destination de tourisme culturel, destination tout court!

Faire de la mixité sociale, une ville attractive

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Cela fait un an que le Conseil de Paris a voté le DPUR (droit de préemption urbain renforcé), dispositif qui permet à une collectivité locale d’acquérir un bien au sein d’une copropriété uniquement dans des secteurs définis. L’objectif affiché, faciliter la mixité sociale. Parallèlement, les conseils citoyens ont amorcé leur déploiement sur tout le territoire. Toutes ces actions relèvent d’une dynamique territoriale volontariste qui doit s’afficher comme telle sans faire oublier des réalités complexes.

 

La mêlée partisane

L’Obs titrait il y a un an dans son numéro spécial immobilier Ile-de-France « Faut-il craindre le DPUR? ». La question semble légitime tant les avis des parties prenantes divergent. La mairie de Paris à travers la voix de son chargé à l’urbanisme, Ian Brossat se veut rassurante. Pour lui, il s’agit d’abord de protéger les locataires modestes tout en assurant au vendeur une acquisition aux prix du marché. Les copropriétaires eux craignent une dévaluation de leurs biens, une dégradation de la copropriété, décourageant ainsi les investisseurs. Risque t-on d’attiser l’ouverture d’une boite de Pandore déjà bien pleine dans le secteur surtout si la mairie affiche une volonté d’aller au delà des 20% prévus par la loi avec en plus un dispositif ciblant essentiellement la rive droite (historiquement plus populaire)? L’avenir nous le dira. Dans tous les cas la volonté d’homogénéiser la part de logements sociaux sur des secteurs qui en sont dépourvus est louable. En outre, faire cohabiter des personnes au capital social, économique et culturel non homogène ouvre des perspectives intéressantes sur « le bien vivre ensemble ». Cela peut être l’occasion de trouver un positionnement social fort en termes d’identité pour la ville de Paris.

 

Un positionnement social fort et affirmé

En ces temps où l’on reproche à la vie publique d’être pauvre en matière de projets de société, faire de la mixité sociale la richesse d’une ville monde comme Paris me semble être un vrai créneau de communication. Il faut dans ce cas aller bien plus loin et faire de « la ville musée » un laboratoire social de la multiculturalité dans le sens sociétal du terme. Il est important de capitaliser sur le développement des classes moyennes, pilier de l’équilibre et de la vitalité d’une collectivité et régulateur social. En ce sens le nivellement de la politique du logement doit se faire par le haut en veillant à ce que le vendeur ne soit pas lésé et que le locataire s’inscrive dans une dynamique de cohabitation sociale! Cette politique doit s’accompagner d’une écriture médiatique nouvelle et collaborative. Il y aurait un vrai bénéfice en termes d’images et d’attractivité citoyenne.

Parallèlement  les conseils citoyens peuvent prolonger et donner du sens à ce positionnement même s’ils concernent que les quartiers prioritaires. L’enjeu c’est que nos territoires deviennent plus inventifs et qu’ils le fassent savoir. A la manière de « Podemos », le mouvement citoyen espagnol, transformons cette nouvelle activité participative en force communicante!

Saisir ces deux occasions pour casser la mauvaise image associée au social est ambitieux mais novateur. Un modèle d’architecture de nos cités se dessine. Il doit aider à faire tomber les barrières psychologiques et maintenir une classe moyenne forte, ambitieuse dans le centre de Paris.

Le « monstre » métropolitain arrive à grands pas…

fig-257426_1280A l’approche du 1er janvier 2016, date officielle où la Métropole du Grand Paris verra le jour, elle brille surtout par sa complexité et son mille feuille administratif dont les contours sont encore flous. Quant aux chiffres et au périmètre de cette nouvelle entité aux allures de géant, ils donnent le tournis. Mettons donc plutôt l’accent sur quelques bonnes initiatives citoyennes initiées par certaines parties prenantes pour tenter de donner une empreinte participative à ce beau projet.

Des acronymes barbares comme MAPTAM, NOTRe sont censés donner une structure à ce territoire et fluidifier son organisation. Mais le cocktail d’intercommunalités, territoires, communautés d’agglomération, EPCI, EPT et autres strates risque d’être explosif tant la porosité politique fait aussi partie du jeu. Personnellement je n’y comprends rien et ne veux rien y comprendre. La MGP fait peur, c’est le moins qu’on puisse dire. Récemment le maire d’une petite commune francilienne en parlait en ces termes: « Au 1er janvier prochain, le monstre arrive… ». Sa gouvernance à double niveau (conseil de la Métropole et conseil de territoire) ne risque pas de simplifier les choses. Face à ce schéma il s’agit de rester « droit dans ses bottes » et de rendre hommage aux nombreuses dynamiques publiques ou privées pour donner un sens à la construction métropolitaine.

Solidarité, rayonnement international, transports et logement sont les principaux défis de la MGP. Tout cela relève d’une belle idée. Le Grand Paris Express en est l’expression la mieux aboutie pour l’instant. Elle ambitionne de tisser une toile de mobilité de banlieue à banlieue ce qui ne peut qu’optimiser les connexions et développer une meilleure répartition des centralités. Face au mastodonte administratif il faut contrebalancer avec et (malgré tout) encourager toutes les velléités d’une cohésion identitaire et visionnaire. Ici, le terme « identitaire » renvoie plus au sentiment d’appartenance à un territoire.

Le travail de médiation culturelle et sociale ainsi que celui sur les imaginaires qui façonnent notre vision métropolitaine sont salutaires! Il faudrait presqu’en confier la mission à un cinéaste pour qu’il puisse réaliser une fiction qui fixerait définitivement une image du Grand Paris. Mais avant de parler de fiction saluons ces mouvements collectifs qui sont entrain de bâtir méthodiquement un maillage métropolitain. La démarche de Métropop’! en partenariat avec la mairiede Paris sur la représentativité et les connexions entre villes centre et villes périphériques mérite d’être signalée. A une autre échelle, l’association le Manifeste du Grand Paris, qui partant du constat qu’il manquait un lieu au Grand Paris s’organise pour faire bouger les lignes métropolitaines. On peut juste déplorer un manque de fédération de tous ces mouvements.

Cultures de banlieue

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La considération contemporaine de la banlieue et les paradigmes qui y sont liés lui confèrent une légitimité en matière d’expérimentation territoriale. Comme l’a rappelé Alain Corneau le cinéaste  » la banlieue c’est un des plus beaux décors qui existe, elle n’est pas connotée historiquement ». 2 évènements culturels majeurs du Val-de-Marne, les 10 ans du Mac val et le festival des Ecrans documentaires, m’ont amené à porter une réflexion sur le rôle de la culture dans une construction territoriale.

Pour cet anniversaire, le Mac Val, 1er musée d’art contemporain de la banlieue parisienne a voulu rappeler sa volonté de s’intégrer dans son environnement. Son architecture simple et ouverte sur l’extérieur, à l’image du département prolonge cette démarche. L’exposition anniversaire « L’effet Vertigo » qui propose une relecture des faits historiques entre passé, présent et futur fait écho à mes analyses d’attractivité territoriale. Elle laisse libre cours à des postures qui permettent d’appréhender la façon dont le Val-de-Marne s’ouvre sur son territoire, entre innovation et cadre champêtre. Une belle offre culturelle au milieu des cités où vit une population qui en est à priori éloignée. Ce choix ouvre la voie à une question traitée lors du festival des Ecrans documentaires 2015 à Arcueil comment habiter le monde? En l’occurence dans notre cas c’est comment habiter la banlieue, « préambule » du Grand Paris?

C’est la culture qui permettra de déconstruire las barrières mentales ou psychologiques associées aux banlieues. L’art « périphérique » habitue le parisien à sortir de ses murs pour appréhender la continuité territoriale. On s’étonne d’ailleurs du manque d’ambition architecturale quant à l’appropriation de ces espaces limitrophes. Il l’habitue par la même occasion aux nouvelles mobilités métropolitaines. Des phénomènes de territorialisation qui rappellent les champs d’étude de sociologie urbaine de l’Ecole de Chicago. Comment face à une urbanisation grandissante et rapide, optimiser les relations interculturelles? Dans quelle mesure les évènements culturels de banlieue peuvent-ils permettre une réappropriation de ces territoires?

Remonter le temps pour déconstruire, reconstruire afin de créer une identité, une homogénéité singulière. Avec la flambée des prix du logement la banlieue doit saisir la « chance » de la gentrification pour inventer de nouvelles dynamiques sociales du bien vivre ensemble. Ce sont de nouveaux paradigmes qui doivent guider les politiques d’aménagement publiques. Des associations d’intégration territoriale auraient beau jeu d’intégrer cette mission. L’arrivée des classes aisées ne doit pas repousser les classes populaires mais composer avec elles dans un nouveau dialogue. L’innovation, la médiation culturelle et sociale participent à redonner de la vie, de la chaleur, du sens aux lieux.

Le documentaire sonore 47, rue de la Goutte d’Or qui relate l’histoire d’un immeuble où ses habitants dénotent du reste de ce quartier populaire de Paris laisse penser que la mixité sociale et culturelle n’est que juxtaposition. Il illustre bien le processus de cloisonnement des territoires. Cependant le travail de Jérémy Gravayat, cinéaste qui s’est donné pour mission de filmer les réalités de l’exil contemporain permet une vraie réflexion sur la notion, la définition même « d’habiter » au delà de l’organisation territoriale. Voilà une piste de recherche sociologique intéressante!

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