Cultures de banlieue

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La considération contemporaine de la banlieue et les paradigmes qui y sont liés lui confèrent une légitimité en matière d’expérimentation territoriale. Comme l’a rappelé Alain Corneau le cinéaste  » la banlieue c’est un des plus beaux décors qui existe, elle n’est pas connotée historiquement ». 2 évènements culturels majeurs du Val-de-Marne, les 10 ans du Mac val et le festival des Ecrans documentaires, m’ont amené à porter une réflexion sur le rôle de la culture dans une construction territoriale.

Pour cet anniversaire, le Mac Val, 1er musée d’art contemporain de la banlieue parisienne a voulu rappeler sa volonté de s’intégrer dans son environnement. Son architecture simple et ouverte sur l’extérieur, à l’image du département prolonge cette démarche. L’exposition anniversaire « L’effet Vertigo » qui propose une relecture des faits historiques entre passé, présent et futur fait écho à mes analyses d’attractivité territoriale. Elle laisse libre cours à des postures qui permettent d’appréhender la façon dont le Val-de-Marne s’ouvre sur son territoire, entre innovation et cadre champêtre. Une belle offre culturelle au milieu des cités où vit une population qui en est à priori éloignée. Ce choix ouvre la voie à une question traitée lors du festival des Ecrans documentaires 2015 à Arcueil comment habiter le monde? En l’occurence dans notre cas c’est comment habiter la banlieue, « préambule » du Grand Paris?

C’est la culture qui permettra de déconstruire las barrières mentales ou psychologiques associées aux banlieues. L’art « périphérique » habitue le parisien à sortir de ses murs pour appréhender la continuité territoriale. On s’étonne d’ailleurs du manque d’ambition architecturale quant à l’appropriation de ces espaces limitrophes. Il l’habitue par la même occasion aux nouvelles mobilités métropolitaines. Des phénomènes de territorialisation qui rappellent les champs d’étude de sociologie urbaine de l’Ecole de Chicago. Comment face à une urbanisation grandissante et rapide, optimiser les relations interculturelles? Dans quelle mesure les évènements culturels de banlieue peuvent-ils permettre une réappropriation de ces territoires?

Remonter le temps pour déconstruire, reconstruire afin de créer une identité, une homogénéité singulière. Avec la flambée des prix du logement la banlieue doit saisir la « chance » de la gentrification pour inventer de nouvelles dynamiques sociales du bien vivre ensemble. Ce sont de nouveaux paradigmes qui doivent guider les politiques d’aménagement publiques. Des associations d’intégration territoriale auraient beau jeu d’intégrer cette mission. L’arrivée des classes aisées ne doit pas repousser les classes populaires mais composer avec elles dans un nouveau dialogue. L’innovation, la médiation culturelle et sociale participent à redonner de la vie, de la chaleur, du sens aux lieux.

Le documentaire sonore 47, rue de la Goutte d’Or qui relate l’histoire d’un immeuble où ses habitants dénotent du reste de ce quartier populaire de Paris laisse penser que la mixité sociale et culturelle n’est que juxtaposition. Il illustre bien le processus de cloisonnement des territoires. Cependant le travail de Jérémy Gravayat, cinéaste qui s’est donné pour mission de filmer les réalités de l’exil contemporain permet une vraie réflexion sur la notion, la définition même « d’habiter » au delà de l’organisation territoriale. Voilà une piste de recherche sociologique intéressante!

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