Fluctuart, une richesse pour les nouveaux piétons des voies sur berge à Paris

Fluctuart

L’ouverture récente du premier centre d’art urbain fluvial me fait penser que c’est grâce à la piétonisation des voies sur berge qu’un tel lieu peut exister. Avec plusieurs œuvres iconiques ce nouvel espace met en valeur le street art et le graffiti.

Inauguré fin juillet au pied du pont des Invalides sur les quais de Seine, Fluctuart est le premier musée flottant du monde dédié à l’art urbain. Il fait partie des lauréats d’un appel à projets « Réinventer la Seine » lancé par la mairie de Paris et qui vise à inventer de nouvelles façons de vivre sur et au bord de l’eau sur l’axe Paris –Rouen – Le Havre.

Cet espace flottant est la preuve d’une dynamique sociale et culturelle innovante qui donne à voir un dialogue entre deux courants artistiques majeurs de rue le street art et le graffiti.

L’emplacement de cette péniche artistique dans un quartier bourgeois de Paris est assez audacieux. En effet, il symbolise à la fois les champs des possibles grâce à la piétonisation des voies sur berge mais aussi la valorisation d’un art populaire et rebelle accessible gratuitement aux côtés de symboles beaucoup plus conventionnels et luxueux. De nombreux artistes mondialement connus comme C215, Bansky, Dran et JR sont exposés. Plusieurs de leurs œuvres dénoncent les travers de la société de consommation à outrance et permettent d’en prendre du recul.

Par ailleurs, le street art interroge l’évolution des métropoles et vient confirmer l’importance de l’art et de la culture dans l’espace public comme outil de cohésion sociale.

Moins de pollution, plus de culture et moins de segmentation sont les ingrédients d’une recette qui permet aux bords de Seine de retrouver sa joie de vivre du début du siècle dernier au même titre que les bords de Marne.

Pour ne rien gâcher, la belle vue sur les immeubles haussmanniens et la Tour Eiffel en appréciant un cocktail après la visite en fait une expérience très agréable accentuée par la proximité de l’eau.

Tous ces éléments me font dire que quand une politique sociale et culturelle dépasse les lignes établies le résultat peut-être très bénéfique pour tout le monde et donner de nouvelles perspectives d’évolution de nos métropoles !

Quid des métropoles du continent noir…

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L’Afrique est à la mode. En témoignent toutes les expositions d’art contemporain qui lui font honneur depuis plus d’un an comme par exemple « Beauté Congo » à la fondation Cartier ou « Art/Afrique, le nouvel atelier » à la Fondation Louis Vuitton.

La croissance économique y est au plus haut en même temps que l’attractivité touristique y est au plus bas dans les spots qui attiraient jadis de nombreux voyageurs. Réflexion autour d’une africanité symbolisée par des villes et des acteurs empreints de culture africaine aux réalités très différentes à l’échelle d’un continent prometteur.

Il est de plus en plus question de boom économique lorsqu’on parle du vaste continent africain. Contradictoirement, le tourisme ne fait plus recette avec la crainte d’instabilité politique et sécuritaire. Néanmoins, beaucoup d’africains issus de la diaspora font le voyage inverse de leurs compatriotes autochtones et retournent au pays et investissent en masse. Pourtant c’est une terre méconnue à l’image de ses multiples cultures urbaines qui souvent les attend.

Qu’elle ait été exportée au Brésil comme à Salvador do Bahia ou restée à multi facettes comme sur le continent africain, les cultures magico religieuses et l’art de vivre qui caractérisent les villes noires ne sont pas suffisamment connues. Des historiens ou ethnologues tentent de rattraper le retard pris dans le domaine de la promotion culturelle et associative ces dernières années. Mais ils sont si peu nombreux. De plus leur travail est souvent tourné vers l’étude des populations et habitants avec un point de vue trop généraliste et /ou réducteur. Il est clair que les imaginaires collectifs qui viennent spontanément lorsqu’il est question d’Afrique ne sont pas associés aux villes.

Il a fallu attendre le travail d’artistes, photographes comme Malik Sidibé par exemple pour nous offrir un regard contemporain, original et vivant d’une urbanité africaine. Au delà d’un continent, il serait intéressant de promouvoir des identités, des cultures et des modes de vie urbaines spécifiques à chaque métropole africaine. Quand on parle de Salvador, do Bahia, on ne peut la dissocier de sa culture afro-brésilienne. Pierre Verger, le photographe et ethnologue l’a magnifiquement et esthétiquement illustré avec ses reportages photos en noir et blanc. Ces images contribuent à installer dans l’inconscient collectif une construction identitaire spécifique et typique de la ville contribuant ainsi à son attractivité.

Le travail artistique interroge souvent l’individu dans ce qui fait son identité. Pascal Martine Tayou qui a beaucoup travaillé sur ce sujet à travers les masques de verre nous permet d’appréhender le rapport particulier de certains villageois avec leur individualité. Aujourd’hui l’art africain qui s’exporte et s’expose va t-il donner une autre image de l’Afrique qui n’est pas un tout. L’étude de tous ces signes à la façon du carré sémiotique nous indique que l’art contemporain africain nous offre autre chose que les mythes souvent associés à un continent entier notamment à travers une vision urbaine. Au même titre qu’un individu, une ville doit capitaliser sur tout ce qui lui donne une spécificité et une identité propre pour assurer un positionnement fort afin d’émerger et donner envie d’y créer, d’y travailler, de s’y amuser.

Cela fait écho à une phrase introductive de l’exposition de, « Art/Afrique, le nouvel atelier »  la fondation poursuit aujourd’hui son ouverture de vers de nouveaux territoires mentaux et sensibles. Elle s’attache à des propositions d’artistes inédites, à la mesure des enjeux de ce continent ».

Une belle illustration de mon propos qui veut donner une visibilité, du sens à ces villes et de l’expérience singulière face à des mythes.

Paris n’est plus la belle endormie !

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Désormais installé sur le podium des 3 meilleures villes à plus fort potentiel au monde, Paris se distingue par sa politique ambitieuse et forte pour développer tout un écosystème autour de l’innovation. Avec des indicateurs au vert dans de nombreux domaines la capitale est l’antithèse de la désertification qui touche les centres-villes des provinces françaises.

 

Paris a le vent en poupe. Arrivant juste derrière San Francisco et New York dans le classement du fameux cabinet AT Kearney qui consacre chaque année les villes les plus attractives, la ville lumière brille aussi par sa dynamique touristique, sociale et solidaire. Au delà de la vitalité économique ce classement prend en compte également le bien-être des habitants. En la matière les efforts pour redonner la place aux piétons et aux riverains doivent être salués. A l’instar des voies sur berge avec la création du parc des Rives de la Seine, la place de la nation tente aussi de se verdir.

 

Consciente des énormes enjeux sociaux, les acteurs politiques de la capitale ne misent pas tout sur le développement économique et financier qui en termes d’image ne doit pas donner l’impression d’une ville pour cols blancs. Où il est souvent question de « boboïsation » ou de « gentrification » de la capitale, on ne peut laisser sous silence le volontarisme social de la politique de la ville. Ainsi plus de 7000 logements sociaux sont prévus pour 2017. Les prix continuent certes de monter mais les pouvoirs publics tentent de freiner la spéculation immobilière notamment avec les velléités d’encadrement des locations Airbnb.

 

Face à toute cette frénésie socioéconomique innovante aussi bien publique (en 10 ans, la ville de Paris a consacré plus d’1 milliard d’euros de fonds publics au secteur de l’innovation), que privée (Station F et l’école 42 de Xavier Niel), ce qui me laisse perplexe c’est la vitesse à laquelle certains centres-villes se vident en province. L’IGF, l’Inspection générale des finances et le CGEDD, conseil général de l’environnement et du développement durable ont sorti un rapport sur la revitalisation commerciale des centres-villes rendu public fin octobre. Il préconise de mettre en place une stratégie de relocalisation de la politique de la ville en faisant des commerçants de vraies parties prenantes. Autre axe d’orientation : l’adaptation au commerce de demain.

 

Même si des efforts sont faits mais l’attraction des habitants pour les nouveaux centres commerciaux ne facilitent pas les choses. C’est vraiment ce fondement de notre société basée sur la consommation à outrance qu’il faut reconsidérer. Et là, c’est aussi aux citoyens de prendre en main le développement et la revitalisation de leurs villes, villages et campagnes par des mouvements tels que la « consom’action » par exemple et le développement de plateformes collaboratives.

Il ne s’agit pas de ne plus consommer mais de mieux consommer ; c’est un changement de paradigme que nous devons intégrer et cela passe par une meilleure éducation au goût et une meilleure cohabitation de l’urbanisation galopante autour de grandes métropoles et le charme d’authentiques centres villes à l’attractivité retrouvée !

Quand la ville cristallise tout!

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La ville monde s’émancipe. La ville devient tentaculaire, elle est à la mode, elle se conceptualise. On n’a jamais autant parlé de la ville que ces dernières années. Augmentation des métropoles, développement des city breaks. De nombreuses émissions télé comme « Habiter le monde » ou Oasis urbaines sur Arte viennent nous rappeler quelques uns des défis qui attendent les villes de demain. Mais face à tout cela se posent les questions de la solidarité, de la sécurité dans un contexte où les démocraties paraissent de plus en plus fragiles ; quelle citoyenneté urbaine pour éviter une juxtaposition de microcosmes culturels ou sociaux?

La ville en tant que concept dépasse le simple cadre de vie qui nous offre toutes les commodités pour travailler et s’épanouir socialement. Elle devient un véritable enjeu de pouvoir dans la mesure où le soft power s’y exerce principalement. New York, Paris ou Londres sont autant de marques de territoire qui participent à la richesse des Etats qui les abritent. On comprend bien alors la raison pour laquelle à l’instar du G20, le C40 (sommet des maires des 40 villes les plus puissantes au monde) dont Anne Hidalgo est la nouvelle présidente gagne en puissance et en visibilité. Plus que dans les Etats, les systèmes de régulation démocratiques s‘y organisent, les nouvelles formes de mobilité y prennent naissance. En témoigne le succès de Vélib qui a essaimé dans de nombreuses capitales ou la réinvention du transport en commun urbain à Rio. Avec la construction de nouvelles lignes de métro légères et écologiques, 150km de voies de bus rapides et des centaines de kilomètres de pistes cyclables pour les jeux Olympiques, la « cité merveilleuse » affiche un nouveau visage.

Innovation, solidarité et sécurité dessinent les contours d’un nouveau vivre ensemble. Ces notions sont entrain de changer d’échelle sans masquer une ambivalence entre l’exigence de proximité en terme de vigilance policière et la gestion métropolitaine, algorithmique de la sécurité des smart cities. La ville veut reprendre en main sa sécurité même en faisant le grand écart entre le choix d’une vigie volontaire pour une sécurité de proximité comme à Saint-Mandé ou celui d’une mégalopole comme Rio où le maire Eduardo Paes a utilisé une armée urbaine pour pacifier les favelas.

Aujourd’hui les grandes villes sont le lieu du multiculturalisme même s’il s’apparente encore à une sédimentation de différentes poches sociales, architecturales et de quartier. Une ville monde qui vous prend au corps dans sa diversité, son bouillonnement, sa frénésie mais aussi ses codes. Se réveiller tôt le matin, découvrir la ville qui prend forme comme à Tokyo avec ses hordes de travailleurs déversés par le métro qui marchent d’un pas pressé habillés de la même façon. Etre en haut du Pic Victoria et s’émerveiller devant la skyline de Hong Kong qui s’anime de 1000 feux. 2 sensations typiquement urbaines.

Vous l’avez compris, je passe d’un discours citoyen à un récit d’une expérience touristique mais qui dit tout de ma passion pour la ville, les villes et l’urbanité. Ce sont pour moi des enjeux aussi bien professionnels que personnels. A l’instar d’associations comme Manifeste du grand Paris, le défi est de faire bouger la métropole, écrire un nouveau récit d’une urbanité assumée et teintée d’humanisme. La ville est synonyme d’ouverture, de vitalité, de solidarité, d’innovation et se pare même des atouts de la ruralité…

Faire de la mixité sociale, une ville attractive

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Cela fait un an que le Conseil de Paris a voté le DPUR (droit de préemption urbain renforcé), dispositif qui permet à une collectivité locale d’acquérir un bien au sein d’une copropriété uniquement dans des secteurs définis. L’objectif affiché, faciliter la mixité sociale. Parallèlement, les conseils citoyens ont amorcé leur déploiement sur tout le territoire. Toutes ces actions relèvent d’une dynamique territoriale volontariste qui doit s’afficher comme telle sans faire oublier des réalités complexes.

 

La mêlée partisane

L’Obs titrait il y a un an dans son numéro spécial immobilier Ile-de-France « Faut-il craindre le DPUR? ». La question semble légitime tant les avis des parties prenantes divergent. La mairie de Paris à travers la voix de son chargé à l’urbanisme, Ian Brossat se veut rassurante. Pour lui, il s’agit d’abord de protéger les locataires modestes tout en assurant au vendeur une acquisition aux prix du marché. Les copropriétaires eux craignent une dévaluation de leurs biens, une dégradation de la copropriété, décourageant ainsi les investisseurs. Risque t-on d’attiser l’ouverture d’une boite de Pandore déjà bien pleine dans le secteur surtout si la mairie affiche une volonté d’aller au delà des 20% prévus par la loi avec en plus un dispositif ciblant essentiellement la rive droite (historiquement plus populaire)? L’avenir nous le dira. Dans tous les cas la volonté d’homogénéiser la part de logements sociaux sur des secteurs qui en sont dépourvus est louable. En outre, faire cohabiter des personnes au capital social, économique et culturel non homogène ouvre des perspectives intéressantes sur « le bien vivre ensemble ». Cela peut être l’occasion de trouver un positionnement social fort en termes d’identité pour la ville de Paris.

 

Un positionnement social fort et affirmé

En ces temps où l’on reproche à la vie publique d’être pauvre en matière de projets de société, faire de la mixité sociale la richesse d’une ville monde comme Paris me semble être un vrai créneau de communication. Il faut dans ce cas aller bien plus loin et faire de « la ville musée » un laboratoire social de la multiculturalité dans le sens sociétal du terme. Il est important de capitaliser sur le développement des classes moyennes, pilier de l’équilibre et de la vitalité d’une collectivité et régulateur social. En ce sens le nivellement de la politique du logement doit se faire par le haut en veillant à ce que le vendeur ne soit pas lésé et que le locataire s’inscrive dans une dynamique de cohabitation sociale! Cette politique doit s’accompagner d’une écriture médiatique nouvelle et collaborative. Il y aurait un vrai bénéfice en termes d’images et d’attractivité citoyenne.

Parallèlement  les conseils citoyens peuvent prolonger et donner du sens à ce positionnement même s’ils concernent que les quartiers prioritaires. L’enjeu c’est que nos territoires deviennent plus inventifs et qu’ils le fassent savoir. A la manière de « Podemos », le mouvement citoyen espagnol, transformons cette nouvelle activité participative en force communicante!

Saisir ces deux occasions pour casser la mauvaise image associée au social est ambitieux mais novateur. Un modèle d’architecture de nos cités se dessine. Il doit aider à faire tomber les barrières psychologiques et maintenir une classe moyenne forte, ambitieuse dans le centre de Paris.

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