La Guadeloupe à l’heure du tourisme interstitiel

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Au delà des plages, la culture guadeloupéenne mérite de s’affirmer comme un élément déclencheur d’attractivité. Lors de mon dernier « retour au pays » j’ai vécu deux expériences extraordinaires : la magie carnavalesque et le sentiment d’une élévation de l’histoire en visitant le Mémorial ACTe.

La richesse du carnaval guadeloupéen réside dans sa singularité musicale, artisanale et créative. Véritable clin d’oeil à certains pans de notre culture et histoire passée, présente et future, cette manifestation invite à se pencher sur les fondamentaux de la spécificité de la société guadeloupéenne. Les signes et les symboles rappelant les codes de domination du passé sont bien présents mais aussi le métissage des sons et de la rythmique donnent le « la » de l’ouverture vers l’extérieur. Cela est d’autant plus appréciable que cette expression culturelle est la partie visible d’un immense travail de cohésion sociale surtout auprès des jeunes qui s’investissent collectivement dans la préparation des costumes et des décors.

Un trait d’union entre l’expression du carnaval et l’histoire de l’esclavage qui trouve un aboutissement total au Mémorial ACTe, lieu de mémoire caractérisé par un parcours d’interprétation très immersif. Pourquoi donc parler de tourisme interstitiel? La réponse est d’abord personnelle. Créer de l’étrangeté et de la magie face à la vision de 2 gros paquebots éclairés à quai sur le port de Pointe-à-Pitre surplombant la parade au son des gros tambours est une expérience unique. L’odeur de l’encens, la fumée qui s’en dégage et les centaines de carnavaliers déambulant au pas vous transportent. Là où l’interstice prend tout son sens c’est quand la juxtaposition d’un symbole du tourisme de masse semble défier notre souhait de tourismes singuliers. Mais quelle image magnifique je me disais! J’ai eu vraiment la sensation d’un ailleurs qui ne relevait pas de la carte postale mais d’un authentique vécu qui n’est réalisable que sur mon île.

Voilà une Guadeloupe apaisée, riche de son histoire, riche de sa culture, riche de sa nouvelle empreinte architecturale muséale. Des mots qui prennent tout leur sens lorqu’on se laisse guider depuis la découverte de l’île par Christophe Colomb jusqu’à la réalité multiraciale de ce territoire qui apparaît comme une composante du bien vivre ensemble. Ce voyage dans l’histoire réhaussé de dispositifs interactifs et artistiques m’ont donné des leviers de lecture nouveaux sur la construction d’une identité commune. La Guadeloupe est une société métissée avec des strates sociétales diverses, destination de tourisme insterstitiel, destination de tourisme culturel, destination tout court!

Cultures de banlieue

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La considération contemporaine de la banlieue et les paradigmes qui y sont liés lui confèrent une légitimité en matière d’expérimentation territoriale. Comme l’a rappelé Alain Corneau le cinéaste  » la banlieue c’est un des plus beaux décors qui existe, elle n’est pas connotée historiquement ». 2 évènements culturels majeurs du Val-de-Marne, les 10 ans du Mac val et le festival des Ecrans documentaires, m’ont amené à porter une réflexion sur le rôle de la culture dans une construction territoriale.

Pour cet anniversaire, le Mac Val, 1er musée d’art contemporain de la banlieue parisienne a voulu rappeler sa volonté de s’intégrer dans son environnement. Son architecture simple et ouverte sur l’extérieur, à l’image du département prolonge cette démarche. L’exposition anniversaire « L’effet Vertigo » qui propose une relecture des faits historiques entre passé, présent et futur fait écho à mes analyses d’attractivité territoriale. Elle laisse libre cours à des postures qui permettent d’appréhender la façon dont le Val-de-Marne s’ouvre sur son territoire, entre innovation et cadre champêtre. Une belle offre culturelle au milieu des cités où vit une population qui en est à priori éloignée. Ce choix ouvre la voie à une question traitée lors du festival des Ecrans documentaires 2015 à Arcueil comment habiter le monde? En l’occurence dans notre cas c’est comment habiter la banlieue, « préambule » du Grand Paris?

C’est la culture qui permettra de déconstruire las barrières mentales ou psychologiques associées aux banlieues. L’art « périphérique » habitue le parisien à sortir de ses murs pour appréhender la continuité territoriale. On s’étonne d’ailleurs du manque d’ambition architecturale quant à l’appropriation de ces espaces limitrophes. Il l’habitue par la même occasion aux nouvelles mobilités métropolitaines. Des phénomènes de territorialisation qui rappellent les champs d’étude de sociologie urbaine de l’Ecole de Chicago. Comment face à une urbanisation grandissante et rapide, optimiser les relations interculturelles? Dans quelle mesure les évènements culturels de banlieue peuvent-ils permettre une réappropriation de ces territoires?

Remonter le temps pour déconstruire, reconstruire afin de créer une identité, une homogénéité singulière. Avec la flambée des prix du logement la banlieue doit saisir la « chance » de la gentrification pour inventer de nouvelles dynamiques sociales du bien vivre ensemble. Ce sont de nouveaux paradigmes qui doivent guider les politiques d’aménagement publiques. Des associations d’intégration territoriale auraient beau jeu d’intégrer cette mission. L’arrivée des classes aisées ne doit pas repousser les classes populaires mais composer avec elles dans un nouveau dialogue. L’innovation, la médiation culturelle et sociale participent à redonner de la vie, de la chaleur, du sens aux lieux.

Le documentaire sonore 47, rue de la Goutte d’Or qui relate l’histoire d’un immeuble où ses habitants dénotent du reste de ce quartier populaire de Paris laisse penser que la mixité sociale et culturelle n’est que juxtaposition. Il illustre bien le processus de cloisonnement des territoires. Cependant le travail de Jérémy Gravayat, cinéaste qui s’est donné pour mission de filmer les réalités de l’exil contemporain permet une vraie réflexion sur la notion, la définition même « d’habiter » au delà de l’organisation territoriale. Voilà une piste de recherche sociologique intéressante!

« TAKE ME (I’m Yours) », l’exposition d’une expérience de médiation artistique

Gilbert & George

 

Tout doit disparaître! Telle est le mot d’ordre affiché par la communication de Christian Boltanski, Hans Ulrich Obrist et Chiara Parisi, commissaires de l’exposition « TAKE ME (I’m Yours) » à la Monnaie de Paris.

Tout doit disparaître et c’est gratuit,un comble pour un lieu dédié à l’argent! L’objectif affiché: « questionner la valeur d’échange de l’art, chère à la monnaie de Paris ». C’est une belle idée de départ mais qui à l’arrivée donne l’impression d’un vide-grenier creusant l’écart entre le concept et sa réalisation.

 

L’art interactif, l’art où le visiteur peut toucher, emporter des oeuvres ou leur composantes (non signées par ailleurs) d’artistes reconnus. Une nouvelle façon d’appréhender l’art pour le commun des mortels en le décloisonnant, en le fragmentant et en abolissant les frontières de l’espace public/privé. Yoko Ono avec son arbre à souhaits, Gilbert & George et leur « Decriminalize Sex », Boltanski avec sa pile de vêtements et bien d’autres encore jalonnent les salons XVIIIè siècle de la Monnaie de Paris. Certains visiteurs (la majorité?) ont l’air de se laisser prendre au jeu. Ils investissent le parcours et n’hésitent pas à remplir leur sac en papier de tout ce qu’ils peuvent emporter de la pile de bonbons à la menthe ou des Tours Eiffel miniatures. Un musée qui se transforme « en un lieu d’échange libre et inventif, destiné à bouleverser les rapports traditionnels entre l’art et son public ». Oui mais… Au final le rendu est décevant.

La légitimité des oeuvres exposées de part leur réalisation, leur matière et leur agencement laisse perplexe. L’art contemporain n’a certes pas comme finalité d’être esthétique ou légitime mais en mon sens le travail des artistes présentés aurait du mieux donner corps au propos de façon à pousser l’expérience de médiation jusqu’au bout. On sent bien la genèse du projet et l’enthousiasme qu’il a dû susciter par la combinaison du lieu, du sujet et du regard artistique mais lorsque la dynamique créative n’est pas optimale cette « tri-composante » en fait aussi sa limite.

Le décalage entre le prix d’entrée élevé, les problématiques soulevées concernant l’accessibilité à l’art et la matière première des oeuvres laisse suspicieux. On a le sentiment d’une opération marketing réussie, d’une communication réussie (la vidéo de lancement est drôle et efficace), d’une programmation réussie mais d’un « jusqu’au boutisme » raté! Malheureusement cette démarche donne un résultat qui sonne creux et dénature l’expérience d’interprétation de cette exposition.

Pourtant le concept ne s’essouffle pas. Il n’en est pas à sa première édition et il va continuer à s’exporter. Le public suit à chaque fois. Au delà de toutes ces questions savantes sur le mythe de l’unicité de l’œuvre d’art et de ses modes de production, la médiation artistique comme élément de sociabilisation fonctionne plus que jamais. Il est toujours très intéressant de voir le pouvoir d’attractivité d’une belle idée. Ce mode d’exposition est caractéristique des nouvelles formes d’aspirations participatives des publics. Avec le développement des réseaux sociaux, le visiteur a besoin de faire corps avec l’exposition, avant, pendant et après celle ci. Au-delà des circuits économiques habituels, Take Me (I’m Yours) propose un modèle basé sur l’échange et le partage et répond à un besoin.

Ceci est la preuve que par moment, à l’image de certaines destinations touristiques qui attirent plus pour les imaginaires qui y sont liés que pour le lieu en lui même, les expositions déplacent les foules pour leur contexte. Cela fonctionne encore mieux quand elle prolonge l’expérience de médiation au delà des salles en y rajoutant une visite virtuelle proposée par l’application Google associée mêlant passé de l’exposition à la Serpentine à Londres en 1995, présent à la Monnaie de Paris en 2015, futur avec les prochaines versions amenées à voyager. Le voyage, même virtuel reste vendeur!

Médiation touristique et culturelle

Le Val-de-Marne se dévoile sous le regard curieux de Yeondoo Jung à travers un parcours initiatique et journalistique. Rêves et fantasmes de nos citoyens prennent forme… C’est exactement ce genre de travail profond auquel pourrait s’associer notre territoire pour mettre en musique la communication d’un département soucieux de son avenir. L’art dessine aussi nos savoirs êtres, nos originalités et nos identités!

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Séville, bouillon de culture

Rive gauche du Guadalquivir, une balade non dénuée d’intérêt… L’impression d’être sur le revers de Séville! Quiétude le long du fleuve, un café niché à l’orée du pont Isabel II avec une vue plongeante sur la ville et le fleuve…Envie de faire une pause café justement, plongée dans une ambiance typiquement sévillane, brèves de comptoir…tartines de tomates…Direction Isla de la Cartuja avec son musée d’art contemporain.

Drôle d’endroit pour un centre d’art contemporain! Un monastère? Une usine? Une faïencerie? Des restes de l’Exposition universelle de 1992?

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L’entrée de l’exposition

La réalité c’est tout ça à la fois! Ce mélange des genres est le garant de l’âme particulière de ce lieu. Vive la culture contemporaine qui décidément ne connaît pas de frontières créatives! A l’affiche une remarquable exposition qui interrogeait le pouvoir des média sur notre conscience des choses.

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Une oeuvre de Louise Bourgeois (rien à voir avec les médias, quoique…)

Maria Canas « Laughter in the dark », une des artistes exposés

 

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