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novembre 2015

Cultures de banlieue

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La considération contemporaine de la banlieue et les paradigmes qui y sont liés lui confèrent une légitimité en matière d’expérimentation territoriale. Comme l’a rappelé Alain Corneau le cinéaste  » la banlieue c’est un des plus beaux décors qui existe, elle n’est pas connotée historiquement ». 2 évènements culturels majeurs du Val-de-Marne, les 10 ans du Mac val et le festival des Ecrans documentaires, m’ont amené à porter une réflexion sur le rôle de la culture dans une construction territoriale.

Pour cet anniversaire, le Mac Val, 1er musée d’art contemporain de la banlieue parisienne a voulu rappeler sa volonté de s’intégrer dans son environnement. Son architecture simple et ouverte sur l’extérieur, à l’image du département prolonge cette démarche. L’exposition anniversaire « L’effet Vertigo » qui propose une relecture des faits historiques entre passé, présent et futur fait écho à mes analyses d’attractivité territoriale. Elle laisse libre cours à des postures qui permettent d’appréhender la façon dont le Val-de-Marne s’ouvre sur son territoire, entre innovation et cadre champêtre. Une belle offre culturelle au milieu des cités où vit une population qui en est à priori éloignée. Ce choix ouvre la voie à une question traitée lors du festival des Ecrans documentaires 2015 à Arcueil comment habiter le monde? En l’occurence dans notre cas c’est comment habiter la banlieue, « préambule » du Grand Paris?

C’est la culture qui permettra de déconstruire las barrières mentales ou psychologiques associées aux banlieues. L’art « périphérique » habitue le parisien à sortir de ses murs pour appréhender la continuité territoriale. On s’étonne d’ailleurs du manque d’ambition architecturale quant à l’appropriation de ces espaces limitrophes. Il l’habitue par la même occasion aux nouvelles mobilités métropolitaines. Des phénomènes de territorialisation qui rappellent les champs d’étude de sociologie urbaine de l’Ecole de Chicago. Comment face à une urbanisation grandissante et rapide, optimiser les relations interculturelles? Dans quelle mesure les évènements culturels de banlieue peuvent-ils permettre une réappropriation de ces territoires?

Remonter le temps pour déconstruire, reconstruire afin de créer une identité, une homogénéité singulière. Avec la flambée des prix du logement la banlieue doit saisir la « chance » de la gentrification pour inventer de nouvelles dynamiques sociales du bien vivre ensemble. Ce sont de nouveaux paradigmes qui doivent guider les politiques d’aménagement publiques. Des associations d’intégration territoriale auraient beau jeu d’intégrer cette mission. L’arrivée des classes aisées ne doit pas repousser les classes populaires mais composer avec elles dans un nouveau dialogue. L’innovation, la médiation culturelle et sociale participent à redonner de la vie, de la chaleur, du sens aux lieux.

Le documentaire sonore 47, rue de la Goutte d’Or qui relate l’histoire d’un immeuble où ses habitants dénotent du reste de ce quartier populaire de Paris laisse penser que la mixité sociale et culturelle n’est que juxtaposition. Il illustre bien le processus de cloisonnement des territoires. Cependant le travail de Jérémy Gravayat, cinéaste qui s’est donné pour mission de filmer les réalités de l’exil contemporain permet une vraie réflexion sur la notion, la définition même « d’habiter » au delà de l’organisation territoriale. Voilà une piste de recherche sociologique intéressante!

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novembre 2015

« TAKE ME (I’m Yours) », l’exposition d’une expérience de médiation artistique

Gilbert & George

 

Tout doit disparaître! Telle est le mot d’ordre affiché par la communication de Christian Boltanski, Hans Ulrich Obrist et Chiara Parisi, commissaires de l’exposition « TAKE ME (I’m Yours) » à la Monnaie de Paris.

Tout doit disparaître et c’est gratuit,un comble pour un lieu dédié à l’argent! L’objectif affiché: « questionner la valeur d’échange de l’art, chère à la monnaie de Paris ». C’est une belle idée de départ mais qui à l’arrivée donne l’impression d’un vide-grenier creusant l’écart entre le concept et sa réalisation.

 

L’art interactif, l’art où le visiteur peut toucher, emporter des oeuvres ou leur composantes (non signées par ailleurs) d’artistes reconnus. Une nouvelle façon d’appréhender l’art pour le commun des mortels en le décloisonnant, en le fragmentant et en abolissant les frontières de l’espace public/privé. Yoko Ono avec son arbre à souhaits, Gilbert & George et leur « Decriminalize Sex », Boltanski avec sa pile de vêtements et bien d’autres encore jalonnent les salons XVIIIè siècle de la Monnaie de Paris. Certains visiteurs (la majorité?) ont l’air de se laisser prendre au jeu. Ils investissent le parcours et n’hésitent pas à remplir leur sac en papier de tout ce qu’ils peuvent emporter de la pile de bonbons à la menthe ou des Tours Eiffel miniatures. Un musée qui se transforme « en un lieu d’échange libre et inventif, destiné à bouleverser les rapports traditionnels entre l’art et son public ». Oui mais… Au final le rendu est décevant.

La légitimité des oeuvres exposées de part leur réalisation, leur matière et leur agencement laisse perplexe. L’art contemporain n’a certes pas comme finalité d’être esthétique ou légitime mais en mon sens le travail des artistes présentés aurait du mieux donner corps au propos de façon à pousser l’expérience de médiation jusqu’au bout. On sent bien la genèse du projet et l’enthousiasme qu’il a dû susciter par la combinaison du lieu, du sujet et du regard artistique mais lorsque la dynamique créative n’est pas optimale cette « tri-composante » en fait aussi sa limite.

Le décalage entre le prix d’entrée élevé, les problématiques soulevées concernant l’accessibilité à l’art et la matière première des oeuvres laisse suspicieux. On a le sentiment d’une opération marketing réussie, d’une communication réussie (la vidéo de lancement est drôle et efficace), d’une programmation réussie mais d’un « jusqu’au boutisme » raté! Malheureusement cette démarche donne un résultat qui sonne creux et dénature l’expérience d’interprétation de cette exposition.

Pourtant le concept ne s’essouffle pas. Il n’en est pas à sa première édition et il va continuer à s’exporter. Le public suit à chaque fois. Au delà de toutes ces questions savantes sur le mythe de l’unicité de l’œuvre d’art et de ses modes de production, la médiation artistique comme élément de sociabilisation fonctionne plus que jamais. Il est toujours très intéressant de voir le pouvoir d’attractivité d’une belle idée. Ce mode d’exposition est caractéristique des nouvelles formes d’aspirations participatives des publics. Avec le développement des réseaux sociaux, le visiteur a besoin de faire corps avec l’exposition, avant, pendant et après celle ci. Au-delà des circuits économiques habituels, Take Me (I’m Yours) propose un modèle basé sur l’échange et le partage et répond à un besoin.

Ceci est la preuve que par moment, à l’image de certaines destinations touristiques qui attirent plus pour les imaginaires qui y sont liés que pour le lieu en lui même, les expositions déplacent les foules pour leur contexte. Cela fonctionne encore mieux quand elle prolonge l’expérience de médiation au delà des salles en y rajoutant une visite virtuelle proposée par l’application Google associée mêlant passé de l’exposition à la Serpentine à Londres en 1995, présent à la Monnaie de Paris en 2015, futur avec les prochaines versions amenées à voyager. Le voyage, même virtuel reste vendeur!

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